| 1 dirham Marocain, l'équivalent de 10 centimes d'Euros. |
C'était quelques semaines plus tôt je crois. J'avais rendez vous avec une personne pour un entretien dans le cadre de ma recherche. Je devais la récupérer à la station de tramway Mohamed V, avant d'aller prendre un café sur la place des Nations-Unis. Sur le lieu du rendez-vous, il y avait un homme assis seul sur le trottoir, certainement d'origine subsaharienne. Je lui tendis une pièce de 1 dirham, l'équivalent de 10 centimes d'euros. J'étais seul aussi, debout à ses côtés. Il me restait encore quelques minutes à patienter avant que le tramway n'arrive à quai. Je lui demandai alors : "Vous voulez manger quelque chose? Do you want to eat something?" Et je parti en direction de la première épicerie lui acheter un petit paquet de gâteaux. Nous eûmes seulement le temps d'échanger quelques mots que le tramway arriva.
Ainsi, c'était bien lui que j'ai recroisé il y a quelques jours. J'étais accompagné de la même personne, mais ce n'était pour le coup pas la même station de tramway. Seul, je retournai le voir et nous commençâmes à échanger quelques mots. Au début, il n'avait pas l'air de comprendre ce que je disais. Mais c'était parce que je parlais français ! Il m'avait pourtant bien dit lors de notre première rencontre qu'il était originaire du Nigeria, mais je l'avais oublié. En anglais, c'est en effet beaucoup plus facile. On échangea pendant un petit moment, et j'en appris un peu plus sur ce Monsieur. Son rêve à lui, c'est de rejoindre l'Allemagne ou les Pays Bas avec sa petite famille. Pas la France ni l'Espagne, parce qu'il n'y a pas de travail là bas. Mais la traversée de Gibraltar a un coût, et il n'est pas donnée à tout le monde. "I know that one day, I will go there." Cette phrase, il me l'a répété plusieurs fois. J'espère qu'il y parviendra un jour.
Je me rendis compte que cela faisait plus d'une bonne dizaine de minutes que j'étais assis là, assis sur le trottoir, à discuter avec cette personne. Je levai les yeux et réalisai que tous les passants nous regardaient. Quand j'y pense, ça m'aurait aussi beaucoup surpris de croiser une pareille situation au Maroc. Ca doit être vraiment dur à vivre, voir tous ces gens passer, te regarder de haut, t'éviter ou simplement être mal à l'aise de ne rien avoir à te donner. Mais lui continuait son activité, comme ci je n'étais pas là, demandant de temps à autre une pièce aux passants. D'ailleurs, une femme s'arrête à côté de nous. Elle cherche quelque chose dans son sac. Très certainement une pièce dans son porte monnaie. Elle revient sur ses pas, et lui tend dans un premier temps une pièce d'un dirham. Puis elle se tourne vers moi et me tend aussi une pièce!!! Sur le coup, je ne réalise pas. Je fais signe de la tête que non, je ne demande rien. Mais elle insiste. Sur son visage, on pouvait en gros "miskine le pauvre"... Je suis resté quelques seconde comme ça l'air hébété, à ne savoir que faire de ma pièce. Puis on s'est regardé, et on a rigolé.
Je suis dans la foulée rentré chez moi. Je me suis regardé quelques instants dans le miroir. Vite, une douche, des habits propres. Ce n'était qu'un mauvais rêve. Enfin, un rêve à 1 dirham.










