Les restaurants chinois à Casablanca

vendredi 28 mars 2014

LE PETIT PRINCE GHALI


Prince Ghali.


Mercredi 26 mars 2014. Je dois me rendre à Rabat. C'est l'anniversaire de Ghali (Xiaoli pour les intimes) et j'avais reçu de ses mains une invitation toute en couleur. J'étais déjà revenu à Rabat il y a quelques jours pour y rencontrer des amies. C'est une sensation étrange que de retourner dans cette ville. Il s'agit de la capitale du Maroc, et pourtant, c'est comme si l'on se rend en province. C'est très calme, il y a du vert, il fait bon vivre, la ville est agréable à visiter et sa riche histoire se lit instantanément dans le paysage. Une ville à l'image du pouvoir monarchique, dans la continuité avec son passé et ses traditions, et qui ne semble pas prête de changer de sitôt. L'opposée de d'une ville comme Casablanca qui se réinvente tous les jours par ses habitants venus de tous le pays et son activité ininterrompue. On dit souvent que les Rabattis ne peuvent pas vivre à Casablanca, et inversement. Je comprends mieux pourquoi maintenant.

Entrée sur invitation.
Il y a du Bibi en Ghali ! 
Ghali fête aujourd'hui ses 5 ans. Je suis venu avec un jeu de Reversi. On m'a dit qu'il faut toujours apporter un cadeau à tous les enfants pour ne pas créer une tension entre les enfants, alors j'apporte aussi deux belles couronnes de Prince pour Ghali et Yazid. J'avais oublié que Ghali n'avait que 5 ans, et que le Reversi, c'est plutôt un jeu pour les grands. D'ailleurs, il ne s'en approche même pas. Amina, la maman, me demande si je peux enseigner le yoga à Ghali, qui bouge un peu trop à son goût. Pourquoi pas. On me demande souvent de faire des choses qui se rapportent en fait à tous les clichés que les gens ont sur les asiatiques. Ca ne me dérange pas de les faire, si cela peut ouvrir d'autres horizons et peut être susciter l'intérêt pour ces cultures. J'ai beau faire n'importe quoi, ma tête suffit à certifier l'authenticité de mes actes. Evidemment, je n'avais jamais fais de yoga. Mais c'est tellement drôle de voir Amina et Ghali à côté de moi en position du lotus reproduisant des sons des moines bouddhistes. J'en profite aussi pour pour montrer aux enfants comment se battre est qui c'est le patron ici. Dans quelques années ils seront alors faits comme leur papa Bibi, et je ne pourrai alors plus faire mon malin.

La dernière fois que j'étais passé, j'avais promis à Oumi que je repasserai à la maison faire des nems. Il paraît qu'elle raffole des nems, et moi je lui avais dit que je savais les faire. Oui, je sais que je sais les faire. Mais en réfléchissant bien, je me rends compte que je n'en avais jamais fait de A à Z. Qu'importe, l'essentiel quand on mange des nems, c'est la sauce. Il semblerait d'ailleurs que la sauce poisson soit le seul ingrédient que l'on ne trouve pas ici à Rabat. Si j'avais su, je ne me serais pas trimbalé avec tous les autres ingrédients depuis Casa ! Le temps passe est je n'ai toujours rien commencé à préparer. Je vois défiler toutes les Tatas avec leur cadeau. La famille, c'est sacrée ici. Tata Rita arrive avec un gros gâteau en forme de coeur. « Désolé, j'étais très occupée ces derniers temps, c'est un gâteau très très simple. » Peu importe, tout ce que Tata Rita nous prépare à manger, c'est au minimum très bon. Ghali souffle ses 5 bougies avec toute la famille, et en effet, Tata Rita nous avait encore une fois préparé quelque chose de délicieux.  

Le grand coeur de Tata Rita
Il commence à se faire tard, et toujours rien de concret à se mettre sous les dents. Les convives commencent à s'impatienter, et les venues du Chef étoilé Tata Rita ne font qu'accroître la pression qu'il y a sur mes épaules. Tout le monde à faim. Gibrane passe dans la cuisine et se met à la recherche de choses à grignoter. Je lui demande par simple curiosité s'il connaît les rouleaux de printemps vu que je compte en préparer aussi. Il me répond : « Là Jean-Pierre, tu me déçois. C'est comme si tu me demandais si j'avais déjà mangé un tajine ou non. » C'est vrai que les restaurants asiatiques et surtout vietnamiens sont bien implantés au Maroc. Mais de là à ce que ma question paraisse farfelue ! D'ailleurs, avant de venir au Maroc, je n'avais mangé le tajine marocain qu'à 2 reprises seulement. 

Ce n'est pas ma cuisine, je n'y suis pas vraiment à l'aise. J'essaye de ne pas en foutre partout, mais c'est déjà le daoua dans la cuisine. Heureusement, deux commis viennent à mon secours. D'abord Yazid, apprenti chef cuisinier, et Tata Halima, devenue experte du roulage de nem en l'espace d'une soirée. 

Les rouleaux de printemps et les nems sont enfin prêts. Les « Hmmmm! » qui m'ont l'air plutôt sincères m'annoncent que j'ai passé le test des nems avec succès. En plus, la sauce est plutôt réussie. Je pars m'asseoir dans le salon et je découvre Ghali allongé sur le canapé, tandis que Yazid n'est plus là, déjà parti dormir dans sa chambre. Ah oui, il est déjà 21 heures passées, et demain il y a école. Tout le monde est crevé, et tout le monde a surtout très faim ! Mais là encore, un autre problème se pose. Il ne reste qu'une vingtaine de nems pour 6 personnes, dont 5 Marocains normalement constitués... Mais chez les Marocains, il y a toujours quelque chose à manger. Le repas d'anniversaire de Ghali s'achève avec le reste d'un tajine et de brochettes du midi. Tout le monde s'en va dormir, moi le premier. J'ai beau sentir la friture de nems, la douche attendra bien une nuit.
Encore merci de m'avoir invité à ton anniversaire Ghali !
La grande famille au rendez-vous.

mercredi 26 mars 2014

HISTOIRE D'UN CADEAU #1 L'ACHAT

L'Avenue de l'Armée Royale qui sépare l'ancienne de la nouvelle ville. 
Vendredi dernier, c'était l'anniversaire d'une amie. L'occasion pour moi d'offrir mon premier cadeau Made in Morocco, et de me pencher d'un plus près sur ce que les vendeurs de souvenir ont à proposer. Ce qui est bien au moins quand on est à l’étranger, c'est qu'il n'y a pas de mauvais cadeaux. Il suffit de trouver un cadeau qui rappelle de près ou de loin le pays où l'on se trouve, et le tour est joué. Et au Maroc, il semblerait qu'il y ait vraiment de quoi faire. C'est donc sans trop de pression que je pars faire mes achats dans l’ancienne médina de Bab Marrakech, accolée à la Place des Nations-Unies (ancienne Place de France) en plein coeur de la ville. il s'agit de l’un des seuls endroits à Casablanca, avec la nouvelle médina des Habous, où l’on peut facilement trouver des produits artisanaux traditionnels venus de tout le pays et toutes sortes de souvenirs au parfum exotique, comme des babouches avec le fanion de l'OM collé dessus. 

Pour les vacanciers, Casablanca est généralement considérée comme une simple escale de voyage. Les gens y séjournent un ou deux jours, visitent les 2 ou 3 places touristiques que la ville a à proposer, avant de s'envoler à la découverte du 'vrai' Maroc, celui que l'on voit dans les documentaires sur Arte et France 5. Même si je commence à m'y plaire, c'est vrai que j'ai été plutôt déçu de ce que j'ai vu jusqu'à présent de Casablanca, même s'il me reste encore quelques endroits à visiter, comme la mosquée Hassan II, la Corniche ou les abattoirs. Mais j'attends encore un peu avant d'abattre mes dernières cartes, comme ça je peux me dire que je n'ai pas encore fait entièrement le tour de la ville et que le plus beau est à venir ! Et il y a aussi les journée du patrimoine à partir du 1er avril. J'ai vraiment hâte d'en connaitre un peu plus sur cette ville qui à première vue paraît tout à fait quelconque et qui pourtant va très certainement faire son entrée au patrimoine mondial de l'Unesco !
Derrière les remparts, sur la placette de la médina. 
La seule difficulté pour se rendre à la médina de Casablanca, c’est de traverser la grande avenue qui sépare la Place des Nations-Unies de ses remparts. L’entrée principale donne sur une petite place. J'étais déjà passé pendant la période des vacances scolaires et j'étais tombé sur une place noire de monde. Mais là non, il n'y a pas grand monde, même le vendeur de jus d'orange a déserté son stand pour une pause café. Assez rapidement, j'entends des « Hello my friend » et des « mon ami ! » qui me rappellent que je ne passe toujours incognito partout. Ce sont des hommes qui rôdent à l'entrée de la médina, dont la mission est de repérer des touristes et de les appâter jusqu’à leur boutique. J'avertis à l’avance mon 'nouvel' ami que je suis simplement venu faire des repérages et qu'il ne faudra pas s'étonner si je n'achète pas grand-chose, mais il ne m'entend pas et je me laisse sagement emporter dans les profondeurs de la médina. Le gars est plutôt sympa, il m'apprend des choses sur l'histoire du quartier, les gens qui y habitent, son parcours personnel. En tout cas, c’est un très bon moyen de découvrir la médina et de sortir des sentiers battus. L’organisation de la médina est compartimentée en secteur. A l’entrée, on trouve les objets souvenirs à destination des touristes, puis un peu plus loin le secteur vêtements, chaussures, maroquinerie, et plus à l'intérieur de la médina le coin pour les habits traditionnels. Sur le chemin, on croise aussi quelques touristes occidentaux, mais très peu d'asiatiques. Ils ne sont généralement pas très bien vus par les commerçants du coin : « Les Chinois, ça vient, ça mitraille et ça s'en va. Mais ça n'achète jamais rien. » Je n'ai pas encore sorti mon appareil photo, mais je me sens déjà mal à l'aise à l'idée de correspondre à tous ces préjugés sur les Chinois...
Un stand de jus d'oranges pressées à l'entrée de la médina.
On en retrouve un peu partout dans la ville pour quelques dirhams seulement.  
On arrive finalement à la boutique, et je réalise alors l'importance du rôle qu'occupe mon accompagnateur dans la survie économique de la boutique. Sans son aide, je ne serai jamais tombé sur sa boutique. Je fais rapidement le tour, et je revois finalement tous les produits que j'avais déjà vu chez les autres vendeurs à l'entrée de la médina. Par contre, les prix eux varient du simple au triple. Le vendeur examine ta tête, fais une estimation de ton pouvoir d’achat, et après réflexion te lance un prix. Un premier prix à ne jamais prendre surtout. Mais je crois que j'ai perdu le goût de la négociation après ma traversée des les marchés populaires de Hong-Kong. Croyez moi, c'est vraiment plus marrant de négocier avec des Chinois ! Alors après prise de renseignements auprès de quelques vendeurs, je me dirige directement vers celui qui m'a annoncé les prix les plus bas sans chercher à négocier, et je repars de la médina mes cadeaux sous les bras et l'envie d'en savoir un peu plus encore sur ce qui se cache réellement derrière ces remparts. 

samedi 22 mars 2014

LOOKING FOR CHNAWA #1

Derb Omar, ça ressemble un peu à ça. Dépaysant, n'est ce pas?
Voici le premier billet d’une chronique intitulée Looking for Chnawa consacrée aux Chinois de Casablanca. A Alger, c’est dans la cité Boushaki (Bab Ezzouar) que les Chinois se sont installés. A Casablanca, c'est dans le quartier de Derb Omar, le haut lieu du commerce de gros en plein coeur de la capitale économique du pays. C’est par là que je commence mon enquête de terrain, et j’espère que comme moi vous en saurez un peu plus sur ces Casablancais originaires d’un pays très lointain.

Etrangement, j’avais pas mal d’appréhensions avant de lancer mon enquête. Pourtant, toutes les informations que j'avais récoltées m'indiquaient que ce terrain serait bien plus facile à aborder que le précédent à Alger. C’était le premier quartier que j’avais visité à Casablanca, avant même que je trouve mon logement. Je n’avais eu alors aucune difficulté à localiser l’emplacement des commerçants chinois, et ces derniers me paraissaient même assez abordables. Et dans le quartier, je n’avais pas ressenti ce climat de méfiance et cette tension ambiante qui caractérisaient tant la cité Boushaki. Non, à Casablanca, tout semblait plus facile. C’est peut ça qui me faisait un peu peur. Et puis une question restait en suspens : ma capacité à interagir avec les Chinois en chinois. Cela fait presque 2 ans que j'ai quitté Taiwan, et mon niveau de Chinois montre ces derniers temps quelques signes de faiblesse.

J’avais ainsi besoin de me rassurer avant de partir à la rencontre des Chinois de Derb Omar. Pour ma première entrevue, j’avais repéré un commerçant chinois isolé au milieu de marchands marocain. Sa boutique est située dans une galerie marchande où on trouve principalement des jouets et des objets pour la maison. Lui vend des reproductions de tableaux qui vont de Mona Lisa aux peintures traditionnelles marocaines. Le test s’est finalement bien passé. Ça a été l’occasion pour moi d’observer un Chinois marchander en Darija (le dialecte  marocain), un spectacle toujours aussi captivant à voir. J’ai aussi croisé pas mal de Marocains, essentiellement des vendeurs des boutiques alentours, venir à la boutique discuter avec le gérant. En fait, ils venaient plutôt le chambrer et le taquiner, et ce dernier le leur rendait bien. D’après ce que j’ai cru comprendre, 2 ans qu’il est à Casablanca et c’est tous les jours la même chose. Mais ça reste très bon enfant, et c'est aussi un bon moyen de tuer le temps. C'est même surement ce qui l'a aidé à apprendre si rapidement la darija !

Les premières craintes dissipées et la confiance retrouvée, je décidai donc de passer à l'étape supérieure : une journée à Derb Omar. Etre Chinois quand on travaille sur les Chinois, c’est vrai que c'est avantage. Mais cela ne sert à rien d’être Chinois si l’on ne parle pas un mot de chinois. En effet, difficile de mener une véritable discussion dans une autre langue, à part bien sûr si l’on est seulement intéressé par le prix des marchandises. Pour la première boutique visitée, je me trouve en compagnie de 3 hommes Chinois. La première surprise, c’est qu’ils ne parlent pas la darija mais le français (enfin quelques bribes de français). On discute voyage en mangeant des pipasses. L’un nous parle du militaire armé d’un AK47 qui était posté devant sa boutique à Lagos, un autre nous raconte son séjour de 2 jours à Paris confiné aux limites linguistiques du 13e arrondissement de la capitale, le troisième qu’il n’a pas pu trouver de vêtement à sa taille à Barcelone et que la bière y est très accessible... Les Chinois de Derb Omar ne passent pas leur vie à travailler, ils voyagent aussi ?! (deuxième surprise !). Puis d’un coup d’un seul, ils se mirent à parler affaires et je me rendis compte que je n’existai plus pour eux. Malgré les apparences, je suis encore bien loin de leur monde.

Je trouvai donc une excuse pour m’éclipser discrètement, et je pris la direction d’un point de vente de produits frais chinois où j’espérai mettre la main sur des nouilles fraîches. Sur place, j’aperçois 2 Australiennes négocier la confection de raviolis chinois avec la patronne, le tout dans un chinois très compréhensible. Elles avaient en fait vécu quelques années à Shanghai. Elles étaient accompagnées d'une Shanghaienne, qui se trouvait à Casablanca parce que son mari y travaillait depuis peu. Je leur propose donc de les emmener dans un autre point de vente où elles trouveraient à coup sûr leur bonheur. Devant la boutique, rien n’indique qu’il s’agit de la seule supérette tenue par des chinois dans tout Casablanca. Seuls des bracelets et des bijoux de pacotilles sont exposés au rez-de-chaussée. Le rayon alimentaire est situé en fait au 1er étage de la boutique, et on y trouve l’essentiel des condiments de la cuisine chinoise. En gros, il faut le savoir pour s'y rendre.

Je passais ensuite le reste de l’après-midi dans une boutique de foulards et de châles. On m’invita à manger chinois, une première depuis mon arrivée au Maroc (si l’on excepte un resto vietnamien) et ma rencontre avec le tajine. Et je fis surtout la connaissance d’une petite fille fascinante à mes yeux, 10 ans à peine, mais véritable fille du monde. Une Chinoise née au Sénégal, qui à grandit au Maroc, qui est aujourd’hui scolarisée à la mission française de Casablanca et qui maîtrise parfaitement le chinois et le français et « chouia » l’arabe… C'est pas tous les jours que l'on voit ça ! On discute un moment, mais rapidement quelque chose semble la déranger. « C'est bizarre, t'as l'air Chinois, mais ton chinois sonne un peu bizarre ! Et en plus, tu parle français comme les Français. Mais vraiment, t'as vraiment l'air d'un Chinois ! Tu sors d'où en fait ? » Apparemment, elle s’est rendue compte qu’il y avait comme un défaut de fabrication quelque part et que le produit n’était pas tout à fait conforme à l’emballage...


Parler chinois toute une journée, c’est épuisant, et encore plus lorsque tout ce qui a été dit est potentiellement exploitable. Parce que la journée n’est pas finie et qu'il faut encore retranscrire tout ce qui a été dit, ou plutôt tout ce dont je me suis souvenu. Mais cela dit, il me plaît de plus en plus ce terrain !

jeudi 20 mars 2014

NOUVELLES D'ALGER

Mardi, j'ai assisté à la projection de Guillaume et les garçons à table à l'Institut Français de Casablanca. Il y avait aussi tous les expatriés français de Casablanca, ou pas loin. Je savais que le film avait connu un certain succès en France, mais je craignais de voir un (télé)film à la française du genre Bienvenue chez les chtis. Et finalement, j'ai passé un très bon moment devant un film drôle, original et rafraîchissant. D'ailleurs, pendant la séance, les gens riaient, riaient... J'avais comme l'impression que certains voulaient prouver aux autres qu'ils avaient vraiment aimé le film, parce que ce qui est sûr, c'est que la moitié de la salle avait déjà vu le film. C'est en tout cas l'hypothèse qui pourrait justifier le décalage entre les rires et les chutes...

Cette soirée, je l'ai passée en compagnie d'une vielle dame française. Je lui ai d'abord naturellement cédée ma place (pour ne pas dire qu'elle m'a dégagé de ma place) afin qu'elle puisse se trouver bien en face de l'écran. Puis j'ai rapidement eu la chance de faire la connaissance de celle qui était désormais assise à mes côtés. Elle m'a d'abord parlé du Maroc d'antan que son papa lui avait conté, de sa famille en Chine, du Vietnam, de grand-papa, et par la suite d'Alger. C'était une pied-noir qui avait quitté le pays au moment de l'indépendance. Les "vieux" me fascineront toujours pour la facilité avec laquelle ils parviennent à se livrer à des inconnus. Elle me décrivait la ville où elle était née, où elle avait vécu, fondé une famille, puis l'épisode de la séparation, du déracinement et la douleur de l'exil encore présente aujourd'hui. Et moi, pendant ce temps-là, pendant qu'elle me parlait de tout ça, je me remémorais les très précieux moments passés à Alger il y a déjà un an de cela. Je suis à Casablanca, et pourtant Alger ne m'a jamais semblé aussi proche. La veille, je recevais d'un collègue chercheur le bonjour d'un de mes amis Chinois qu'il avait rencontré à Alger, se rappelant que j'étais présent pour lui et sa famille lors d'un épisode à l'hôpital. Ce soir, je suivais le match Manchester-Olympiakos en compagnie d'un Algérois. Nous avons parlé d'Algériens, du combo omelette-frittes-gazeuse, de "Chinouis" et d'El Harrach, dont la simple évocation provoque toujours le même frisson auprès des Algérois.

Sinon, tout se passe bien à Casablanca. Je crois que la phase d'adaptation est terminée. Je me sens plus tellement étranger dans cette ville, et de moins en moins aux yeux des gens de mon quartier. J'ai aussi enfin commencé mon enquête de terrain sur les Chinois de Casablanca. Et vraiment, c'est 很有意思 !

lundi 17 mars 2014

EN MARCHE

Des palmiers plein les cieux, Parc de jeux Yasmina (ou Parc de la Ligue Arabe)
Enregistrement sonore : 16/03/2014, quelque part dans le parc
Cui-cui, fond de musique, vélos, enfant (et bonus Chinoui pour les plus patients)

Il paraît que le ciel de Paris est étrangement gris ces jours ci. A Casablanca, comme vous pouvez le constater sur cette photo, il fait beau, il fait bon il fait bleu. Des conditions idéales qui m'ont poussées aujourd'hui à m'aventurer hors de mes bases, à la recherche d'un endroit calme et agréable où je pourrai me replonger dans la vie de Léon l'Africain. On m'avait en effet rappelé que cet illustre personnage avait vécu une partie de sa vie au sein du royaume chérifien, et j'espérais un peu naivement reconnaître dans mon voyage actuel certaines des impressions décrites dans le livre d'Amin Maalouf. 

Je n'ai finalement pas besoin de m'aventurer très loin. A deux pas de chez moi se trouve le Parc de la Ligue Arabe, ou Parc de Yasmina. Calme, palmiers et soleil, je n'en espérais pas temps, surtout en plein coeur de Casablanca. Il n'y a pas grand monde dans le parc. Seuls des jeunes couples s'y promènent tandis que des enfants jouent au ballon dans ce décor aux couleurs bien estivales. Deux troubadours assis sous un palmier retiennent mon attention. Ce qu'ils jouent sonne un peu faux à la distance où je suis, mais leur petit concert se révèle rapidement captivant et leur musique envoûtante, au point j'en oublie vite le livre que je tiens entre les mains. 

Je fais par la suite la rencontre d'Ahmed, un Casaoui de naissance. Une précision importante parce que la moitié des Casablancais que j'ai rencontrés jusqu'à présent sont en fait originaires d'autres régions du Maroc. Casablanca, c'est la ville de toutes les opportunités, et c'est pour cela que l'on y vient de tout le pays. C'est aussi la raison pour laquelle on me demande de faire très attention, bien plus qu'ailleurs, aux personnes que je rencontre car on ne sait jamais sur qui on peut tomber. Mais pour le moment, ça va. Par chance, je ne suis tombé que sur des personnes fréquentables. Ahmed, c'est même un bon gars. A force de faire tous les jours le tour de la ville à pied, il la connaît comme les gamins des médinas connaissent leur quartier. Je pars donc à ses côtés à la découverte de sa ville et nous prenons la direction du grand marché de KOREA qu'il souhaite me faire découvrir (qui n'a aucun rapport avec les pays). Nous quittons alors les grandes tours en verre de l'avenue Hassan II pour nous retrouver dans le Casa populaire, en nous étant auparavant péniblement frayés un chemin dans les interminables allées des marchés rencontrés sur notre route. J'ai réellement eu le sentiment d'être à Alger, au milieu du marché Boumati. A la différence qu'ici, personne ne me calculait. Je redécouvre par la même occasion les plaisirs de la marche à pieds. C'est fou le nombre de petits détails auxquels on fait attention lorsqu'on prend vraiment le temps de regarder la ville. Nous arrivons finalement à destination. Le marché KOREA, LA place pour la chaussure et l'habillement pour homme au Maroc, qui paraît-il rayonne même au delà de ses frontières. Un autre monde. J'y reviendrai certainement dans un autre billet, mais ce que je peux déjà vous dire, c'est que je n'avais jamais vu une telle concentration de commerçants dans une si grande place couverte. 

D'après Ahmed, on a parcouru le vrai Casa. En tout cas son Casa à lui, où les cafés sont à 6 dihrams et les chawarma à moins de 20. Et j'ai vraiment eu le sentiment d'en avoir appris plus sur Casablanca en une après midi qu'en une semaine passée dans la ville. Léon l'Africain attendra, car aujourd'hui je suis claqué. 15km à pieds, ça use, ça use... 


vendredi 14 mars 2014

UN VENDREDI A CASA

Photo : Mosquée al-Mohammadia, quartier des Habous
Enregistrement sonore : Place de la mosquée, le 14/03/2014 à 12h30
Cliquez sur la photo pour lancer le son.

jeudi 13 mars 2014

DANS MA RUE

Photo : Rue Omar Slaoui, de la terrasse d'un café.
Cela fait maintenant une semaine que je suis installé à Casablanca. De la ville, je n’ai pour le moment pas vu grand-chose. Je préfère ne pas perdre trop de temps et bosser le plus possible sur mon mémoire à l'institut Français de Casablanca, en attendant l’arrivée des beaux jours pour jouer au touriste Japonais. Je commence tout de même à avoir quelques repères dans ce quartier de Mers Sultan. Le paysage urbain ne m'est désormais plus si étranger, les principaux services de proximités sont cartographiés dans ma tête et j'ai même repéré quelques bonnes adresses où manger sans le moindre risque.

A me voir entrer et sortir à des heures encore très fluctuantes, Madame Zoubida, la réceptionniste de la résidence, doit certainement se demander ce que je fais à Casablanca. Les habitués des cafés aussi. Tous les jours, je prends place dans l’un des nombreux cafés qui entourent ma résidence, à côté des retraités qui passent leur temps à lire les journaux ou à méditer. Des cafés qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux que l’on trouve en France. Ainsi, mis à part les quelques palmiers qui s’élèvent aux coins de chaque rue, aucun indice n'indique que l'on se trouve au Maroc. On se croirait plutôt dans un café des faubourgs de Paris ou de Lyon. Et contrairement aux cafés d'Alger, je ne ressens ici nullement le besoin de justifier ma présence sous prétexte que je suis étranger ! 

Les terrasses des cafés sont des postes d'observation privilégiés pour observer ce qui se passe au quotidien dans mon quartier. Et si les premières impressions me rappellent la France, elles s'estompent rapidement avec l'apparition de personnages de la scène locale dans le paysage. C’est d’abord les corps de métiers ambulants qui défilent à la terrasse, avec les inusables  « cireurs de pompes » qui passent et repassent à la recherche de chaussures en manque d'affection, les vendeurs ambulants qui proposent des marchandises allant du Coran à toutes sortes de produits récupérés aussi variés que farfelus. Des migrants subsahariens passent et viennent mendier quelques dirhams, alors qu'une petite dame d'un certain âge promène en djellaba un énorme chien dalmatien (?). Au milieu de la voie, un jeune homme tire une charrette chargée de fraises entassées comme des oranges (je ne connaissais jusque là que les petites barquettes de fraises conditionnées de 250g des supermarchés), tandis qu'un autre le croise avec une charrette vide en poussant des « Eeeeeeeeeeehhhhh » stridents à intervalles réguliers. Il s'agit je crois d'un collecteur de ferraille, mais cela reste encore à confirmer. Il y a aussi sur le trottoir d’en face deux hommes qui élèvent brusquement la voix, pour ce qui ressemble à un début de vive altercation. Mais tout aussi subitement, les deux hommes se séparent comme si de rien était, et je remarque qu'autour de moi personne n’y avait prêté la moindre attention. 

Il paraît justement que c'est dans ces scènes de tous les jours que le « vrai » Casablanca se dévoile. Tout ça pour dire que n'ai et je ne verrai certainement pas grand chose de Casa. Mais mes yeux s'habituent néanmoins petit à petit à tout ce folklore, qui rappelle à quelques variantes près ces scènes que l'on croise dans beaucoup de grandes villes des pays émergents. C'est surement ça qui rend ces villes si fascinantes.

mardi 11 mars 2014

中國很大 !

معهد كونفوشيوس
音乐 : Andy Lau, 中国人

如果你看這一篇文章,你應該知道我現在在摩洛哥了。我今年還在調查跟在北非的中國人移民有關係,所以我要帶摩洛哥三個月。不管中國人移民到哪裡,我一定會跟他們一起去!

所以這個禮拜六我參加了中文課。。。不好意思,學阿拉伯語太辛苦了!我也會每天慢慢學當地的語言,而希望我離開之後在馬賽會有幫助!所以我禮拜六去了摩洛哥首都的拉巴特孔子學院上中文課。如今每一個國家都有一個孔子學院。其是在我現在住的城市卡薩布蘭卡也有一個孔子學院,但是我上次找它的時候,跑來跑去就迷路了,所以只好先去拉巴特的。

我還記得我上次上了中文課是在台灣!所以在摩洛哥禮拜六早上上四個小時的課真很困難。上課的時候,大家都以為我是個中國人。好像我華人的臉讓人家聽到一個很標準和流利的中文。孔子學院的中文課很有意思,因為每一位老師用的語言表示都不一樣,有的講法文,有的英文,有的阿拉伯語 。還好我的老師是講英文的那一位。

上課了

我那一天的同學們下禮拜要考HSK,所以都特別認真和緊張。他們知道最好的學生可以得到獎學金去中國大陸讀書。跟他們溝通讓我很驚訝,因為它們對中文和中國非常有興趣。其實,上他們的課之後我也突然很想中國大陸。老師介紹給我們一部跟西岸的兵馬俑有關係。我不知道是兵馬俑的影響或是介紹西岸的女主角,但是我一段時間完全忘記了我親愛的美麗島。中國真很大。。。

你看得懂我的怪怪的中文嗎?我的中文退步得很多,像國小二年級的中文了。我在摩洛哥也發現我的中文口音改變了,因為我遇到的中國人都以為我是廣東人!拉巴特孔子學院的院長也跟我說我參加他們中文課很有意思,因為可以讓學生發現中文雖然有很多口音,但是我們還可以一起溝通 !

vendredi 7 mars 2014

DEPAYSANT

Photo et son : De la fenêtre de ma chambre
Cliquez sur la photo pour vous baigner dans l'ambiance de mon quartier. 
Me voici dans mon petit studio à Casablanca d'où j'écris ce premier article. Je m'excuse de ce léger retard, mais j'avais besoin d'un peu de repos, le temps de me remettre d'une semaine plutôt chargée, riche en émotions et bien plus dépaysante que je ne l’avais imaginé. Pour revenir sur ces premiers jours, j’ai été accueilli à mon arrivée par un ami marocain que j'avais rencontré pour la première fois du côté de Taiwan et qui par chance se trouvait au Maroc au moment de ma venue. J’attendais avec vraiment beaucoup de curiosité d'y faire mes premiers pas aux côtés de quelqu’un qui avait de vrais attaches dans le pays. Et pour le coup, ça valait vraiment la peine d'être patient !

J’ai donc participé pendant 5 jours à une sorte de voyage organisé, entièrement pris en charge par un certain Sidi Mihyar. Sans entrer dans les détails, j’ai fait ce que tout bon touriste se doit de faire au Maroc : déambuler dans les souks de la médina, se faire frotter le dos par un vieil homme dans le hammam, déguster des escargots sur le bord de mer (une altérité totale pour mon système digestif...) et prendre un menu Big Mac au McDo. Je ne sais pas si c’est parce ce que je compare instinctivement tout ce que je vis ici à mon expérience passée en Algérie, mais franchement, j’étais comme un gamin qu’on emmène à Disneyland pour la première fois. J’ai aussi eu le droit de faire la connaissance de la famille, la très grande famille, et d'offrir à chacun des membre sa petite cérémonie du thé. Et j'ai eu le droit à presque chaque fois à la question qui tue : Mais pourquoi "Jean-Pierre" ? Il faudrait que je songe à demander une fois pour toute la réponse à mon père !

Alors qu’il y a un an, je m’étais un peu lancé à l’aventure dans un contexte totalement étranger et totalement inadapté aux escapades touristiques, ici, j'ai fait la connaissance d'un tout autre univers. Au Maroc, être étranger semble être quelque chose de tout à fait banal. Et même être Chinois ! C'est peut être un détail pour vous, mais cela va probablement avoir une véritable influence sur le déroulement de mon séjour. On me prend le plus souvent pour un Japonais, parce que les touristes nippons sont nombreux à visiter le pays.  
Et puis sinon, j’ai bien mangé. J’ai BEAUCOUP mangé ! J’espère qu’un jour les gens comprendront que si je ne suis pas bien grand ni gros, ce n’est pas parce que je ne mange pas assez ! Le problème ici, c’est que ça ne se fait pas de ne pas manger ce qui t'est proposé quand tu es invité chez quelqu'un. Et comme on était souvent invité… Mais heureusement, c’était toujours bon, et même souvent vraiment très bon.

Bon, l’ami est depuis reparti pour la France. Moi, je quitte le confort et le calme auxquels je m’étais habitué à Rabat et je pars à la découverte de Casablanca, la ville réputée pour vivre 24h/24. A titre de comparaison, c’est un peu comme quitter Strasbourg pour Paris, Tainan pour Taipei ou Martignat pour Oyonnax. 

Encore une fois, merci infiniment pour cette si belle introduction, en espérant que la suite le soit tout aussi. Inch'allah !