Les restaurants chinois à Casablanca

samedi 22 mars 2014

LOOKING FOR CHNAWA #1

Derb Omar, ça ressemble un peu à ça. Dépaysant, n'est ce pas?
Voici le premier billet d’une chronique intitulée Looking for Chnawa consacrée aux Chinois de Casablanca. A Alger, c’est dans la cité Boushaki (Bab Ezzouar) que les Chinois se sont installés. A Casablanca, c'est dans le quartier de Derb Omar, le haut lieu du commerce de gros en plein coeur de la capitale économique du pays. C’est par là que je commence mon enquête de terrain, et j’espère que comme moi vous en saurez un peu plus sur ces Casablancais originaires d’un pays très lointain.

Etrangement, j’avais pas mal d’appréhensions avant de lancer mon enquête. Pourtant, toutes les informations que j'avais récoltées m'indiquaient que ce terrain serait bien plus facile à aborder que le précédent à Alger. C’était le premier quartier que j’avais visité à Casablanca, avant même que je trouve mon logement. Je n’avais eu alors aucune difficulté à localiser l’emplacement des commerçants chinois, et ces derniers me paraissaient même assez abordables. Et dans le quartier, je n’avais pas ressenti ce climat de méfiance et cette tension ambiante qui caractérisaient tant la cité Boushaki. Non, à Casablanca, tout semblait plus facile. C’est peut ça qui me faisait un peu peur. Et puis une question restait en suspens : ma capacité à interagir avec les Chinois en chinois. Cela fait presque 2 ans que j'ai quitté Taiwan, et mon niveau de Chinois montre ces derniers temps quelques signes de faiblesse.

J’avais ainsi besoin de me rassurer avant de partir à la rencontre des Chinois de Derb Omar. Pour ma première entrevue, j’avais repéré un commerçant chinois isolé au milieu de marchands marocain. Sa boutique est située dans une galerie marchande où on trouve principalement des jouets et des objets pour la maison. Lui vend des reproductions de tableaux qui vont de Mona Lisa aux peintures traditionnelles marocaines. Le test s’est finalement bien passé. Ça a été l’occasion pour moi d’observer un Chinois marchander en Darija (le dialecte  marocain), un spectacle toujours aussi captivant à voir. J’ai aussi croisé pas mal de Marocains, essentiellement des vendeurs des boutiques alentours, venir à la boutique discuter avec le gérant. En fait, ils venaient plutôt le chambrer et le taquiner, et ce dernier le leur rendait bien. D’après ce que j’ai cru comprendre, 2 ans qu’il est à Casablanca et c’est tous les jours la même chose. Mais ça reste très bon enfant, et c'est aussi un bon moyen de tuer le temps. C'est même surement ce qui l'a aidé à apprendre si rapidement la darija !

Les premières craintes dissipées et la confiance retrouvée, je décidai donc de passer à l'étape supérieure : une journée à Derb Omar. Etre Chinois quand on travaille sur les Chinois, c’est vrai que c'est avantage. Mais cela ne sert à rien d’être Chinois si l’on ne parle pas un mot de chinois. En effet, difficile de mener une véritable discussion dans une autre langue, à part bien sûr si l’on est seulement intéressé par le prix des marchandises. Pour la première boutique visitée, je me trouve en compagnie de 3 hommes Chinois. La première surprise, c’est qu’ils ne parlent pas la darija mais le français (enfin quelques bribes de français). On discute voyage en mangeant des pipasses. L’un nous parle du militaire armé d’un AK47 qui était posté devant sa boutique à Lagos, un autre nous raconte son séjour de 2 jours à Paris confiné aux limites linguistiques du 13e arrondissement de la capitale, le troisième qu’il n’a pas pu trouver de vêtement à sa taille à Barcelone et que la bière y est très accessible... Les Chinois de Derb Omar ne passent pas leur vie à travailler, ils voyagent aussi ?! (deuxième surprise !). Puis d’un coup d’un seul, ils se mirent à parler affaires et je me rendis compte que je n’existai plus pour eux. Malgré les apparences, je suis encore bien loin de leur monde.

Je trouvai donc une excuse pour m’éclipser discrètement, et je pris la direction d’un point de vente de produits frais chinois où j’espérai mettre la main sur des nouilles fraîches. Sur place, j’aperçois 2 Australiennes négocier la confection de raviolis chinois avec la patronne, le tout dans un chinois très compréhensible. Elles avaient en fait vécu quelques années à Shanghai. Elles étaient accompagnées d'une Shanghaienne, qui se trouvait à Casablanca parce que son mari y travaillait depuis peu. Je leur propose donc de les emmener dans un autre point de vente où elles trouveraient à coup sûr leur bonheur. Devant la boutique, rien n’indique qu’il s’agit de la seule supérette tenue par des chinois dans tout Casablanca. Seuls des bracelets et des bijoux de pacotilles sont exposés au rez-de-chaussée. Le rayon alimentaire est situé en fait au 1er étage de la boutique, et on y trouve l’essentiel des condiments de la cuisine chinoise. En gros, il faut le savoir pour s'y rendre.

Je passais ensuite le reste de l’après-midi dans une boutique de foulards et de châles. On m’invita à manger chinois, une première depuis mon arrivée au Maroc (si l’on excepte un resto vietnamien) et ma rencontre avec le tajine. Et je fis surtout la connaissance d’une petite fille fascinante à mes yeux, 10 ans à peine, mais véritable fille du monde. Une Chinoise née au Sénégal, qui à grandit au Maroc, qui est aujourd’hui scolarisée à la mission française de Casablanca et qui maîtrise parfaitement le chinois et le français et « chouia » l’arabe… C'est pas tous les jours que l'on voit ça ! On discute un moment, mais rapidement quelque chose semble la déranger. « C'est bizarre, t'as l'air Chinois, mais ton chinois sonne un peu bizarre ! Et en plus, tu parle français comme les Français. Mais vraiment, t'as vraiment l'air d'un Chinois ! Tu sors d'où en fait ? » Apparemment, elle s’est rendue compte qu’il y avait comme un défaut de fabrication quelque part et que le produit n’était pas tout à fait conforme à l’emballage...


Parler chinois toute une journée, c’est épuisant, et encore plus lorsque tout ce qui a été dit est potentiellement exploitable. Parce que la journée n’est pas finie et qu'il faut encore retranscrire tout ce qui a été dit, ou plutôt tout ce dont je me suis souvenu. Mais cela dit, il me plaît de plus en plus ce terrain !

6 commentaires:

  1. Hello,
    I accidently came across your blog and I loved what you write. I read all the articles one after the other and I should say that the way you described every corner you visited and every experience you encountered made me cherish my city even more. I love reading the various perceptions on Morocco through foreigners' eyes and your blog is perfect for that. I really like the Asian culture too so all I'd say is that I'll stay tuned for more departures in your shoes :)
    You're very welcome in Morocco, enjoy your time here and keep up the good work.
    Greetings

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    1. Well, thank you so much for your commentary, I actually didn't know that people could find it accidently. So, Welcome to Casablanca ! Wish that you'll see that elsewhere in your own hometown, I'm also waiting to know more about the Casaouis' perception of their own city!

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  2. hhhhhhhh c'est trop marrant ce qu'elle t'a dit la petite fille "tu sors d'où en fait?"

    et Bienvenu à Casa ^^

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  3. j'aime bien ton blog. Merci à Tek long de sa pub sur FB - je vais essayer de te suivre

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