| Derb Omar, ça ressemble un peu à ça. Dépaysant, n'est ce pas? |
Voici le premier billet d’une
chronique intitulée Looking for Chnawa consacrée aux Chinois de
Casablanca. A
Alger, c’est dans la cité Boushaki (Bab Ezzouar) que les Chinois se sont
installés. A Casablanca, c'est dans le quartier de Derb Omar, le haut lieu du
commerce de gros en plein coeur de la capitale économique du pays. C’est par là
que je commence mon enquête de terrain, et j’espère que comme moi vous en
saurez un peu plus sur ces Casablancais originaires d’un pays très
lointain.
Etrangement, j’avais pas mal
d’appréhensions avant de lancer mon enquête. Pourtant, toutes les informations
que j'avais récoltées m'indiquaient que ce terrain serait bien plus facile à
aborder que le précédent à Alger. C’était le premier quartier que j’avais
visité à Casablanca, avant même que je trouve mon logement. Je n’avais eu alors aucune difficulté à localiser l’emplacement des commerçants chinois, et ces derniers me
paraissaient même assez abordables. Et dans le quartier, je n’avais pas
ressenti ce climat de méfiance et cette tension ambiante qui caractérisaient
tant la cité Boushaki. Non, à Casablanca, tout semblait plus
facile. C’est peut ça qui me faisait un peu peur. Et puis une question restait en suspens
: ma capacité à interagir avec les Chinois en chinois. Cela fait presque 2 ans
que j'ai quitté Taiwan, et mon niveau de Chinois montre ces derniers temps quelques
signes de faiblesse.
J’avais ainsi besoin de me rassurer
avant de partir à la rencontre des Chinois de Derb Omar. Pour ma première
entrevue, j’avais repéré un commerçant chinois isolé au milieu de marchands
marocain. Sa boutique est située dans une galerie marchande où on trouve
principalement des jouets et des objets pour la maison. Lui vend des
reproductions de tableaux qui vont de Mona Lisa aux peintures traditionnelles
marocaines. Le test s’est finalement bien passé. Ça a été l’occasion pour moi
d’observer un Chinois marchander en Darija (le dialecte marocain), un spectacle toujours aussi captivant
à voir. J’ai aussi croisé pas mal de Marocains, essentiellement des vendeurs des
boutiques alentours, venir à la boutique discuter avec le gérant. En fait, ils venaient plutôt le chambrer et le taquiner, et ce dernier le leur rendait bien. D’après ce que j’ai cru
comprendre, 2 ans qu’il est à Casablanca et c’est tous les jours la même chose. Mais ça reste très bon enfant, et c'est aussi un bon moyen de tuer le temps. C'est même surement ce qui l'a aidé à apprendre si rapidement la darija !
Les premières craintes dissipées et
la confiance retrouvée, je décidai donc de passer à l'étape supérieure : une
journée à Derb Omar. Etre Chinois quand on travaille sur les Chinois, c’est vrai que c'est avantage. Mais cela ne sert à rien d’être Chinois si l’on ne
parle pas un mot de chinois. En effet, difficile de mener une véritable discussion dans une autre
langue, à part bien sûr si l’on est seulement intéressé par le prix des marchandises.
Pour la première boutique visitée, je me trouve en compagnie de 3 hommes
Chinois. La première surprise, c’est qu’ils ne parlent pas la darija mais le
français (enfin quelques bribes de français). On discute voyage en mangeant des
pipasses. L’un nous parle du militaire armé d’un AK47 qui était posté devant sa
boutique à Lagos, un autre nous raconte son séjour de 2 jours à Paris confiné
aux limites linguistiques du 13e arrondissement de la capitale,
le troisième qu’il n’a pas pu trouver de vêtement à sa taille à Barcelone et que la bière y est très accessible... Les Chinois de Derb Omar ne passent pas leur vie à travailler, ils voyagent aussi ?! (deuxième surprise !). Puis
d’un coup d’un seul, ils se mirent à parler affaires et je me rendis compte que
je n’existai plus pour eux. Malgré les apparences, je suis encore bien loin de
leur monde.
Je trouvai donc une excuse pour m’éclipser
discrètement, et je pris la direction d’un point de vente de produits frais
chinois où j’espérai mettre la main sur des nouilles fraîches. Sur place, j’aperçois
2 Australiennes négocier la confection de raviolis
chinois avec la patronne, le tout dans un chinois très compréhensible. Elles avaient en fait vécu quelques années à Shanghai. Elles étaient accompagnées d'une Shanghaienne, qui se trouvait à Casablanca parce que son mari y travaillait depuis peu. Je leur propose donc de les emmener dans un autre point
de vente où elles trouveraient à coup sûr leur bonheur. Devant la
boutique, rien n’indique qu’il s’agit de la seule supérette tenue par des
chinois dans tout Casablanca. Seuls des bracelets et des bijoux de pacotilles sont exposés
au rez-de-chaussée. Le rayon alimentaire est situé en fait au 1er
étage de la boutique, et on y trouve l’essentiel des condiments de la cuisine
chinoise. En gros, il faut le savoir pour s'y rendre.
Je passais ensuite le reste de
l’après-midi dans une boutique de foulards et de châles. On m’invita à manger
chinois, une première depuis mon arrivée au Maroc (si l’on excepte un resto
vietnamien) et ma rencontre avec le tajine. Et je fis surtout la connaissance
d’une petite fille fascinante à mes yeux, 10 ans à peine, mais véritable fille du
monde. Une Chinoise née au Sénégal, qui à grandit au Maroc, qui est aujourd’hui
scolarisée à la mission française de Casablanca et qui maîtrise parfaitement le
chinois et le français et « chouia » l’arabe… C'est pas tous les jours que l'on voit ça ! On discute un moment, mais rapidement quelque chose semble la déranger. « C'est bizarre, t'as l'air Chinois, mais ton chinois sonne un peu bizarre ! Et en plus, tu parle français comme les Français. Mais vraiment, t'as vraiment l'air d'un Chinois ! Tu sors d'où en fait ? » Apparemment, elle s’est rendue compte qu’il y avait comme un
défaut de fabrication quelque part et que le produit n’était pas tout à fait
conforme à l’emballage...
Parler chinois toute une journée,
c’est épuisant, et encore plus lorsque tout ce qui a été dit est potentiellement
exploitable. Parce que la journée n’est pas finie et qu'il faut encore retranscrire tout ce qui a été dit, ou plutôt tout ce dont je me suis souvenu.
Mais cela dit, il me plaît de plus en plus ce terrain !
Hello,
RépondreSupprimerI accidently came across your blog and I loved what you write. I read all the articles one after the other and I should say that the way you described every corner you visited and every experience you encountered made me cherish my city even more. I love reading the various perceptions on Morocco through foreigners' eyes and your blog is perfect for that. I really like the Asian culture too so all I'd say is that I'll stay tuned for more departures in your shoes :)
You're very welcome in Morocco, enjoy your time here and keep up the good work.
Greetings
Well, thank you so much for your commentary, I actually didn't know that people could find it accidently. So, Welcome to Casablanca ! Wish that you'll see that elsewhere in your own hometown, I'm also waiting to know more about the Casaouis' perception of their own city!
Supprimerhhhhhhhh c'est trop marrant ce qu'elle t'a dit la petite fille "tu sors d'où en fait?"
RépondreSupprimeret Bienvenu à Casa ^^
Merci. Bienvenue également !
Supprimerj'aime bien ton blog. Merci à Tek long de sa pub sur FB - je vais essayer de te suivre
RépondreSupprimerInchallah!
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